Torpeurs

mercredi 18 janvier 2017

Dans l’ennui ferme,
Aux portes d’espaces,
Je pense à toi.
Fleurs de pourpres sauvages,
Corps offerts,
Monts aux collines moites.
Torpeurs pétries fondent et embrument.
Tendre soit la nuit,
Longues soient les heures,
Le front collé aux lèvres.
Tableau: Jean-Jacques Henner, La dormeuse
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Aux "moi aussi"

mercredi 18 janvier 2017

Texte publié le 13 mars 2016 (sur mon ancien blog)

Je crois que la beauté dépasse de loin le cartésien rendu d'un donné. Ce "moi aussi", il n'a pas sonné comme un simple rendu. Dans l'espace plein entre nos mots, entre les murs, entre les draps creusés de notre chaleur toute bleue et rose à l'aube, ce "moi aussi je suis amoureux" a sonné si entier, si délicat dans l'étendu de nos bouches, il n'était définitivement pas la moitié de quelque chose. Ce n'était pas juste une confirmation, un retour ou une affirmation venant soulager tel un baume attendu l'escarpement d'une attente vertigineuse. D'ailleurs, à cet instant, je ne le guettais tellement pas, les mots m'ont cueillie au réveil, comme au sortir de l'hiver. Le soleil perçait les persiennes d'un or pâle, projetant des éclats de brume ensommeillés et joyeux sur les murs mous.
La simplicité d'une voix douce, affirmée tel un secret dont on n'a plus peur.
Ça m'a semblé un peu beaucoup plus grand qu'une partie de pendentif divisé entre deux colliers. C'était une douceur musicale autonome, si miraculeusement accordée au son de l'autre violoncelle. Joli et tendre aussi, mais surtout entier et authentique. Simplement étendu dans la belle lumière du jour. C'était un "moi aussi" en dehors de tout jeu égotique et réussir à le prendre pleinement et simplement : quel bonheur. Pourtant, il y a quelques temps, l'attente fébrile se cognait contre les murs, j'avais donné, j'avais dit et j'avais peur de ne pas recevoir. J'ai même quelques fois voulu reprendre, comme par caprice. Si tu n'as pas de bille à m'offrir, alors rends-moi la mienne. Oui celle-là, la bleue et ocre qui s'agite dans ta poche. Nos mots posés sur mes maux troubles et la petite masse apeurée s'était dissoute, ne laissant qu'une mince traînée de poussière qui, de temps en temps, me faisait tousser. Quelque chose peinait à s'éclaircir, à continuer d'apprendre à marcher. Une toute petite arête au fond de la gorge. J'y ai réfléchi, j'ai tenté de prendre conscience, de cheminer vers autre chose, vers le donné, le vrai donné.
Et puis, ce moi aussi a pénétré la chambre jaune. Il a entrouvert la porte, l'air de rien, comme une fleur que l'on retrouve éclose le soir en rentrant. Et ça met à mal bien des interprétations que notre cerveau intrépide a pu tisser à l'ombre de nos doutes et de notre manque de confiance en soi, en la vie. La surprise de rencontrer l'autre.
Deux secondes. Deux minutes. Dix minutes, dix caresses, des baisers. Le temps qui trotte puis le temps qui file. Un roïbos chaud, très chaud, bouillant. Deux croissants. Des sourires. Tes sourires. Un doute, deux hésitations, un partage. Une douche. Un pyjama puis un vêtement pour sortir. Dehors, plus loin, après. Le départ. Se quitter après l'infini relié.
Je n'ai pas réalisé, je me suis même surprise de ce presque "petit" effet. A se dire trop fort que l'on devrait être comme ci, comme ça, comme toi, transi, joyeux, explosif, on recouvre la voix qui vient de l'intérieur, celle qui vit malgré tout, par dessus nos plans et trop souvent par dessous. On recouvre ce qu'elle nous chante d'une poussiéreuse couverture d'attentes envers nous-mêmes. Mais cette fois, ma voix s'est badigeonnée d'un sourire qui n'a plus quitté la peau de mon être. Elle a charmé et dépassé les "devrais" et les "non". Elle a étendu sa force, repoussant les limites de mon corps tendu, de mon mental soufflé de doutes et de remises en question et de modèles. Elle a dit zut aux représentations, aux références et au reflet dans le miroir. A cette image qui n'est pas nous mais qui nous oblige à nous définir par rapport à elle. A cette image qui, pourtant sans voix, crie et ordonne parfois si fort. Pour un instant, sorry for my french, ma voix intérieure, et toute belle de la fraîcheur de nos âmes, a dit zut. Et d'un pas assuré, je l'ai écoutée. Je me suis murmurée que c'était okay de ressentir à cet instant T de la douceur plus que de l'excitation, d'être dans une sorte de retenue, d'abriter une joie diffuse plus que des grands tremblements éperdus.
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Soyons libres d'être ce que nous sommes, soyons libres de sentir notre vie, juste comme elle est. N'ayons pas peur de nous-mêmes, fonçons ! Fonçons vers ce qui vibre en nous, loin de la comptine des idées si parfaitement préconçues autour desquelles on s'emmêle et se cadenasse. Fonçons ! Fonçons ! Légers et beaux.
Un bijoux pour le souvenir, que vaporeux devienne tangible. Pour le présent devenu passé, pour le temps qui s'enfuit, pour la fragilité des instants. Pour avoir nos sourires, nos mots ailés bourdonnant dans l'aube collés à mon corps.
Puis finalement, j'ai crié d'excitation et de contentement explosé, toute seule dans mon appartement, un son aigu et perçant, le même que dans la cours de récrée. Le même qu'à Noël enfant, le même que dans la neige, sous les jets de boules glacées. Le même que lorsqu'on oublie de penser, la tête toute renversée, le cerveau logé dans les battements de notre cœur vif et moelleux. J'ai souri, vraiment, sans pouvoir m'arrêter, pour rien, sans rien entre les mains que la chaleur petite de ses paroles.
Ça alors, il est amoureux...
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Get the rythm, une histoire de vélo

mercredi 18 janvier 2017



C'est une question de rythme. Mon système nerveux semble excité, de grands élans, de petits tremblements, une envie d'envoyer un peu balader ce qui semble lui manger l'espace... mon système est en légère surcharge.
Distance oblige, nous n'avons jamais été ensemble sans discontinuité plus de 3 semaines jusqu'à présent (je souris un peu à la relecture, ça semble si petit une fois écrit) et ça va maintenant bientôt faire trois semaines, 7 jours sur 7 ensembles, à se voir tous les jours et a passé la journée ensemble rien que tous les deux. J'imagine que c'est une réalité différente de celle des couples qui peuvent se voir à l'envie ou quotidiennement, et ce depuis le commencement. Notre réalité à nous, c'est la quête de présence, la distance des corps alors que les mains se cherchent et que l'esprit pointe jusqu'à des centaines de kilomètres. Alors le quotidien partagé sur plus de quelques jours, c'est une chose dont j'avais envie en réalité. Je me languissais un peu de pouvoir saisir ce quotidien, il me semblait manquer, louper, passer à côté de choses douces et secrètes. Il y a de ça, vraiment, sincèrement... mais pas que.
Il s'agit là encore de démystifier une situation imaginée. Il s'agit de passer outre les images projetées par son propre imaginaire. Évident et limpide est le fait que se voir pour plus de deux jours permet à l'émotionnel plus de sérénité, pour parler clairement, je me sens moins telle une boule à neige dont les flocons virevoltent en tous sens, sans jamais se poser et tout en se cognant parfois contre les parois. Nous avons le temps de prendre le temps. Et c'est bien, c'est différent. Seulement, je pense que l'on attribue au couple un statut de super-héro dont le costume lui pèse trop.

Le couple est à mes yeux un tandem, c'est une question à la fois d'envie de pédaler, d'envie de laisser les roues enfiler les mètres sans plus pousser, juste pour profiter du vent au creux du coup et dans les cheveux, entre les cils et sur les pommettes fraîches ; de rythme ; d'équilibre et d'amusement. Toute personne ayant pratiquer le vélo, ne serait-ce qu'une seule fois, sait également combien la pause est essentielle. Elle apporte relaxation, détente, revigoration et permet de mieux apprécier le reste du voyage. Je crois que c'est tout pareil pour ce qui est du couple. Une personne en couple n'échappe pas à ce besoin qui saisit tout à chacun de se créer son propre espace, de respirer. Personnellement, je ne sais pas non plus rester avec une amie plus d'une semaine sans avoir des petits temps à moi, je ne pense pas faire exception en ce domaine. Je me suis dit que les sentiments que je ressens actuellement pour mon compagnon changeaient la donne, qu'à eux seuls, ils sauraient modifier les besoins et nous permettraient de rester ensemble comme en symbiose. Les sentiments sont là, ils sont beaux, ils rendent toute chose, toute ébahie et un peu comiquement dépassée mais ce ne sont pas des pouvoirs surnaturels. Un couple fonctionne comme toute autre relation, il est basé sur un je et sur un tu. Le nous est l'union de ces deux entités, il n'existe pas sans ces deux individualités. Le groupe est formé d'unités qui se rassemblent, chercher à annihiler se fait, c'est aller à l'encontre même de ce qui constitue ce groupe. Ce couple. Finalement, je trouve sain que chacun conserve son espace, sa petite coquille car se ressourcer, soit être au mieux avec soi-même, permet de prendre soin de soi et a fortiori de prendre soin du couple.
Et surtout, surtout, il ne faut pas se culpabiliser. On a le droit d'avoir envie de temps pour soi ; on a le droit d'avoir envie de passer toutes ses journées avec notre compagnon ;  on a le droit d'avoir besoin de beaucoup de câlins, pour se rassurer, pour avoir moins peur, parce qu'on désire l'autre ; on a le droit de ne pas avoir envie de câlins ou d'étreintes à ce moment précis ; on a le droit... On se culpabilise trop en frottant sèchement nos émotions à un modèle que l'on s'est insidieusement fabriqué à partir de représentations imposées, n'étant finalement pas moins que des décors de théâtre factices.

Pour certaines personnes ce post semblera certainement couler de source, pour d'autres peut-être résonnera-t-il plus justement, nous sommes plus ou moins instinctifs, cérébraux, expérimentés, vierges. Je me dis que ce qui compte c'est d'accueillir nos différentes émotions, positives comme négatives et de ne pas les juger.
Et de profiter de l'instant présent, avec nos émotions et sans jugement envers nous-même.

Et vous, que pensez-vous de cette question de rythme pour gérer la distance ?

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Post d'une amoureuse

mercredi 18 janvier 2017

Texte publié le 27 septembre 2015

Paris. Je me suis décidée au moment de quitter l'Angleterre à me lancer dans de nouvelles études, à essayer de suivre mon instinct. Je crois avoir bien fait, des ondes positives résonnent en moi à l'écoute de ce choix. Mais rien n'est encore simple. La rentrée 2014 a commencé difficilement, je m'en suis tout de même sortie.
Mais surtout, aussi, il y a eu une rencontre, une collision douce et mutine. Et c'est fascinant, c'est étrange, c'est doux, c'est un cocktail assez détonnant d'émotions. Ca catalyse mes émotions à en donner le tournis...
A côté de cela, j'ai parfois tellement de mal à lâcher prise, à vivre dans l'instant. Mon cerveau force les barrières, veut anticiper, comme s'il ne voulait pas vivre dans le tout présent. Mais je crois que j'apprends, j'apprends surtout à ne pas me cacher. C'est une personne qui m'a donné envie de ne pas être dans les faux-semblants, de me mettre nue, de me mettre à nu. Avec toutes mes peurs et mes défauts, avec mes hésitations, mes angoisses. Mes passions, mes petites bizarreries, mes intérêts et mes désintérêts. Mon spleen et mon excitation. Mes excentricités et toutes ces choses qui peuvent parfois nous donner l'impression d'être d'une affligeante banalité. Et la magie, l'une des plus belles choses, c'est qu'il m'accepte, comme je suis. J'ai trouvé quelqu'un qui me veut avec toutes mes irrationalités, avec mes doutes sur tout. Tout s'ouvre, beaucoup de petites choses gagnent en intensité, les moments quotidiens sont saturés de plus de couleurs, patinés d'une douceur différente, qui m'était inconnue. Il y a de ces instants qui semblent... hors temps.
Et en même temps, tant de choses sont à déconstruire, de ce qu'on nous a appris, de ce qui nous abreuve bien malgré nous. De toutes ces sources qui projettent pour nous une notion fantasmée et recréée de ce qu'est une relation ou un couple ou une entente. De ce qu'est le désir de l'autre. Je me suis parfois sentie étouffée dans un tel carcan de questionnements qui mettaient en rivalité ma représentation de ce qu'est être bien en couple, de ce que l'on est censé ressentir avec la réalité, la beauté neuve des émotions réelles, vécues. Création d'attentes dessinées dans le patron des romans, des films, des séries. Dans le monde imaginaire qui habite la bouche des autres. J'ai douté à tors et à travers, j'ai lutté contre moi-même, contre l'instant présent, contre ce cadeau. Je continue de lutter bien que je trouve plus de sérénité au quotidien maintenant que plusieurs mois m'ont permis de décanter certains sentiments et surtout de me faire confiance, de m'écouter, d'accepter ce que je ressens. Osons le dire, de me sentir et je pense d'être, d'une certaine façon, plus libre.
J'aurais aimé tomber sur ce genre de mots, qui dépeignent une réalité vécue, qui nous laisse moins démunis, moins coupable de ne pas être un idéal fantasmé. Alors, voilà, c'est le post d'une amoureuse, même si je n'ose encore utiliser ce mot au quotidien. Je l'ai choisi pour sa joliesse, je n'y peux rien si il a un charme fou. Au-delà des reproches à la naïveté, des reproches à la sensiblerie, des sourires doucement moqueurs que l'on adresse aux amoureux transis des bancs publics ou des fauteuils de métro... Voilà le post d'une amoureuse.
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A sunday smile, souvenir d'Angleterre

mercredi 18 janvier 2017

Souvenir d'Angleterre : 17 février 2014
9h02. De longs rais de soleil s’impriment contre les rideaux ivoires et chauffent doucement ma chambre.
On parle souvent des matins où l’on n’a pas envie de se lever. Le pendant de « il y a des matins où on aurait mieux fait de ne pas se lever » n’existe pas. Il devrait. Parce que  ce dimanche matin faisait définitivement partie de ceux où l’on se réveille avec le sentiment que la journée va valoir le coup, que le monde des rêves n’a rien de mieux à nous offrir. Le soleil était exceptionnel, non pas seulement parce qu’il brillait haut et fort, dans un ciel sans nuage et d’un bleu complet mais tout simplement parce qu’il était là. Cela fait maintenant un mois qu’il pleut quasiment non-stop en Angleterre et nous essuyons une tempête depuis plus de deux semaines. En résumé : pluie, pluie et vent. Tout est gris, pâle et comme malade : mon moral aussi. Et puis…

Et puis le soleil a percé le gris des nuages, le vent les a enfin chassé et s’est apaisé en une brise douce comme un baume. J’avais prévu de sortir simplement pour acheter du lait puis de rentrer pour un petit-déjeuner dans ma petite cuisine éclairer par deux ampoules… Seulement, lorsque je suis sortie, après avoir claqué ma lourde porte en bois, j’ai été saisie par la pleine chaleur des rayons sur mon visage, s’allongeant contre mes paupières jusqu’au creux de mon cou. Je n’ai mis que deux secondes à me décider pour une balade au bord de la mer. J’ai dévalé les rues encore calmes du centre ville, les mains chargées d’un bon chocolat chaud à emporter et le casque sur les oreilles. J’aime toujours choisir la musique qui saura sublimer le moment sans l’envahir, c’est à la fois un défi et un plaisir. J’ai commencé doucement parDawn, une musique tirée de la bande originale du film Pride&Prejudice(Orgueil et préjugé) réalisé par Joe Wright.


Le soleil commençait a être déjà haut dans le ciel. Un soleil de printemps, encore timide et pâle mais qui chauffe et réchauffe lentement. La nature tout entière semblait avoir ouvert un de ses yeux et ronronner comme un gros chat. La musique, à la fois douce et entraînante dans son rythme ternaire, faisait fondre ce moment de poésie comme de la pâte d’amande dans la bouche d’un enfant, avec onctuosité.
J’ai escaladé l’esplanade jusqu’au bord de mer en hauteur. Ici, il n’y a ni sable ni plage, la terre se jette en gros rocs bruns dans la Manche, à la fois entière et brute, créant un bord de mer beau et émouvant dans sa franchise sans compromis. J’ai changé la musique et opté pour The return of the King, tiré de la bande originale du Seigneur des Anneaux, Le retour du roi. Pas besoin de signifier que j’adore cette trilogie.

Avant d’atteindre le tout bord de mer, il faut passer près d’un mémorial qui se dresse entre la ville et l’océan, entre vous et la nature. Un mémorial pour les personnes tombées au combat, tombées au fond des eaux pour des causes qui nous semblent aujourd’hui floues et quelque peu glacées dans les pages des manuels d’histoires.Voir ces longues listes de noms gravés dans un lourd métal incrusté dans le marbre, frappées de soleil  et que les enfants tripotent du bout de leurs petits doigts plein de gâteaux, ça créé toujours en moi une très forte émotion entourée d’un léger malaise.
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Il y a beaucoup de respect dans ce ressenti que mord faiblement une sorte de culpabilité de l’oubli. Je songe à ces personnes qui sont parties, à qui on a pris leurs rêves, leur avenir, je songe à ceux qui sont restés sur les berges à les attendre. Je songe à ceux qui sont morts, je songe à ceux qui ont prié dans la douleur, avant la mort, dans la peur, je songe à ceux qui sont revenus, le cœur et l’esprit en lambeaux -quand ce n’était pas le corps. Je songe aux cauchemars qui les ont hantés, je songe aux espoirs noyés sous la mer. Et je frissonne. Je frissonne dans l’horreur de l’injustice, dans le hasard terrible de la naissance. Je me sens à la fois redevable et et cruelle, comme si vivre après eux était un pêché ou une moquerie. Nous sommes là, heureux et miraculés. Nous sommes là. Les mémoriaux me rappellent cette courte chanson de Muse « Soldier’s poem » et ce livre de Philippe Besson, En l’absence des hommes. Et comment ne pas penser au Dormeur du Val de Rimbaud. Des œuvres que j’adore et dont je parlerai peut-être une autre fois.
Finalement, je suis arrivée sur le bord de mer, légèrement en aplomb. La vie m’a frappée tellement elle contrastait avec les sentiments qui m’avaient étreints le long du mémorial. Des familles, des amoureux, des amis, des cerfs volants et des chiens qui courraient partout comme des fous. Un dimanche matin plein de vie dans la bonne humeur du soleil. Je suis restée debout à respirer l’air iodé, à écouter les enfants rires… Je sais que je m’expose à la niaiserie en disant ça parce que je sais que la plupart du temps nous compatissons aux lignes douloureuses et nous moquons un peu des lignes heureuses. Parler du bonheur, des sentiments heureux et simples nous fait toujours sourire… et pas de la bonne façon. Mais j’assume et m’en repais.

J’ai changé de piste et choisi A sunday smile de Beirut. Parfait. C’était parfait. Le ciel bleu, le soleil, le bruits de la mer et cette vue immense qui s’enfuyait jusqu’au fond de l’horizon, derrière les vagues. Je me suis assise sur un banc, j’ai retiré mon manteau et me suis tranquillement reposée, alanguie dans la tiédeur réconfortante de cet instant volé à la pluie et à la déprime. Je suis restée deux heures, seule sur mon banc, baignée dans des minutes d’une plénitude et d’une félicité inouïe qui m’ont laissée repue de bien-être et légère comme jamais depuis de longues semaines maintenant. Peut-être même de longs mois.
J’ai eu l’insatiable envie  de lire du Marcel Proust et ce pour plusieurs raisons. D’abord pour une raison d’impression et de sensation parce que l’ambiance de ce bord de mer m’a fait penser à celle que l’on retrouve dans les pages du deuxième volume intitulé A l’ombre des jeunes filles en fleur. Avec ses badauds, ce soleil presque bleu tellement il se reflète dans la mer et parce que Dawnest la musique que j’avais l’habitude d’écouter pour accompagner ma lecture. Ensuite, parce que j’ai songé à ces quelques pages dans lesquelles le narrateur explique qu’il n’est profondément heureux qu’en lui même, dans des moments où il peut se retrouver et explorer les sentiments qui fleurissent chez lui. Des instants de solitude qui vous font étrangement vous sentir plus complet que lorsque vous pouvez être accompagnés. Un écho si juste, au diapason de ce qui se passait à l’intérieur de moi et qui, j’en suis certaine, résonne aussi en vous parfois.
Un moment plein dans la rondeur dorée de ce dimanche matin où tout m’a soudainement paru possible : aller mieux sur le long terme, accomplir des projets, en élaborer d’autres, publier des histoires, m’investir dans de nouvelles études, faire la paix avec les vieilles terreurs qu’engendrent mes regrets. Tout semblait naturel, évident, facile. Les choses avaient retrouvé une simplicité qu’il m’arrive trop souvent de torturer. 
Dear lord, voilà un moment qui me restera en mémoire pour un bon moment.
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A l'Est

mercredi 18 janvier 2017




Lorsque l’aube se lève à l’Est, ses longs rayons épais rougis du sommeil des terres pénètrent  et s’allongent dans le ciel ovale de ses yeux bleus. Il inspire profondément afin de respirer les landes dont l’orge encore vert ondoie sous la caresse des grandes mains transparentes du vent du Nord. Sa vue perce les vallées et suit la plaine dans sa pente douce. Il frissonne au son des rocs qui murmurent dans le silence venteux de ce premier instant fondu d’or, où languissent pâlement  les derniers restes d’une nuit claire.

Source image : DeviantArt (une vieille image dans mon ordinateur dont je ne retrouve pas le lien, je le mets dès que je le trouve)
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Le fog, souvenir d'Angleterre

mercredi 18 janvier 2017

Souvenir d'Angleterre : 27 janvier 2014

Dartmoor est sublime. Sauvage et changeante étendue de nature qui déborde de l'horizon. Des collines qui font le dos rond sous la dure caresse du vent et qui fondent leurs morceaux de rocs dans le fog anglais. C'est le genre d'endroit qui promet un dépaysement, qui évoque une poésie abrupte et directe qui vient à vous comme dans un coup. J'y suis allée en espérant pouvoir m'en repaître, imaginant un large ciel cru, bleuté d'hiver dans la pâleur du soleil de janvier. Les creux et les pleins y auraient été découpés comme au couteau, franchement, les déliés aussi. Mais on ne peut demander à la nature de se conformer à la beauté qu'on lui a choisi. A force de tableaux et de poèmes, on ne sait plus si l'art s'accapare et pastiche sa beauté ou s'il l'invente et la canonise. La nature est sans doute ce qu'elle est, ni belle ni cruelle... je me dis que nous sommes bien ceux qui la qualifient et lui attribuent nos propres carcans linguistiques. Enfin, j'en fais sans doute trop. Toujours est-il que ce que j'y ai trouvé ne ressemblait pas totalement à cette pensée trop générique. J'y ai trouvé du caractère et de la force et une beauté loin des représentations habituelles.
La réserve était enrouée de nuages bas et le ciel déversait des trombes d'eaux. Glaciales. A un moment de la randonnée, nous avons décidé d'escalader une colline pour avoir une vue dégagée. J'ai fait des pauses régulières tout au long de l'ascension, observant le lac en contre-bas qu'embrassait une forêt sombre et écharpée. Un fois arrivés au sommet, on ne voyait plus à dix mètres. Le paysage était bouché par le brouillard appesanti contre les flans du mont. Le gris des pierres coulait mystérieusement dans l'humidité blanchâtre qui s'élevait de l'herbe grasse et des buissons cuivrés. Le vent mouillé soufflait dans de froides bourrasques, m'imprimant le visage d'une fraîche odeur d'humus et de pluie. En réalité, il ne s'est arrêté de pleuvoir que lorsque nous attendions le bus de retour, les pieds trempés dans des chaussures devenues piscines, les jambes boueuses, les mains engourdies et la bouche pleine de biscuits à la clotted cream dans l'intention de se remonter le moral. Les meilleurs biscuits que j'ai mangé depuis longtemps, on s'en doute. Rien de mieux que le sentiment de réconfort pour dorer le pus banal des cailloux ou pour bénir un bus des plus classiques.
La légère odeur de renfermé lorsque nous avons pénétré dans le couloir d'entrée de l'appartement m'a presque fait l'effet d'un choc. Et ça résume plutôt bien la semaine qui vient de passer. Une sensation d'étriqué envahie du brouillard du Dartmoor qui semblait m'avoir suivie jusque chez moi mais qui y perdait, pour le coup, tout son charme. Des choses qui me semblaient jusqu'à présent insignifiantes se sont mises à me peser.Toute mon attention a été agitée comme une boule à neige pour  se concentrer sur des personnes ou des faits qui n'auraient pas dû prendre autant d'importance. J'ai eu la désagréable sensation de ne vivre qu'à travers la considération qu'elles me portaient.
Et je déteste ça.
Je déteste cette dépossession de moi-même, ce trou que je creuse dans mon estime et que je demande aux autres de combler. Il y a cette phrase de Rousseau que j'aime beaucoup et qui fait partie de ces citations qui quittent leur grand cadre auréolé pour nous devenir plus intimes parce qu'elles résonnent fort en nous. Parce que leur justesse nous frappe et en vient presque à nous déranger. "En travaillant à mériter ma propre estime, j'ai appris à me passer de celle des autres". C'est un peu une ligne de conduite, une étape que je m'efforce depuis des années à atteindre. Cette semaine, la dégringolade a été magistrale.
Je ne garde cependant pas de vue l'objectif de ce temps passé ici et qui a motivé la création de ce blog : apprendre et avancer. "Pourquoi tombe-t-on Bruce ?... Pour se relever" Allez, hop, puisque c'est l'instant citation visiblement, The Dark Night peut bien me  passer une de celles qui sont cultes. Donc oui, j'avance, du moins je promets que j'essaie. Et à nouvelle semaine, nouvel essai.
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